Rencontre EMS Mont-Calme, 30 août 2009 Lectures bibliques: Psaume 133, 1 Corinthiens 14-20, 27, Jean 17: 21-23 Nous voilà face à face. Nous voilà ensemble. Avant la rencontre de ce jour, j’imagine que de multiples questions ont trotté dans votre tête. Vous devriez vous dire : mais qui sont ces Vietnamiens ? D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qu’ils font ici en Suisse ? Comment cela se fait-il qu’ils soient protestants ? Et puis, pourquoi ont-ils désiré participer à un culte avec nous ? Dans ma tête, il y a eu également beaucoup de questions : Qui sont ces résidents de l’EMS ? Comment vont-ils réagir ? Ne va-t-on pas trop bouleverser leurs habitudes en nous débarquant ainsi ? Vont-ils apprécier le repas ? Voyez-vous, le Viet Nam est un pays qui se trouve à des milliers de kilomètres d’ici. Presque tout sépare le Viet Nam de la Suisse, en particulier la Suisse romande. La langue : le vietnamien est une langue plutôt nasale, ce qui n’est pas le cas du français. L’histoire : le Viet Nam est marqué par de multiples guerres, alors que la Suisse est plutôt réputée pour être un havre de paix. La nourriture : on mange avec des baguettes, alors qu’ici on utilise des fourchettes et des couteaux. Les croyances : au Viet Nam, le culte des ancêtres a une place centrale. Le bouddhisme est la religion qui comporte le plus d’adhérents. Ce paysage religieux n’est bien entendu pas celui que l’on rencontre en Suisse. Je pourrais multiplier les exemples pour montrer à quel point les différences sont nombreuses. Il y a cependant un point commun entre le Vietnamien et le Vaudois : le non-dit, le ouï-dire et le qu’en dira-t-on ont une importance considérable dans la vie de tous les jours. Mais comment cela se fait-il qu’il y ait des Vietnamiens en Suisse, et en plus des protestants ? C’est une longue histoire. Ce sont d’abord les chrétiens de l’Eglise catholique romaine qui ont réussi à s’établir au Viet Nam. Au fil du temps elle est devenue la communauté chrétienne la plus importante du pays. Elle compte actuellement entre 7 et 8 millions de membres, sur près de 100 millions d’habitants. Les protestants sont une petite minorité au Viet Nam. Ce n’est que durant le 20ème siècle que des missionnaires protestants ont pu s’installer au Viet Nam. Actuellement, il y a entre 700'000 et 1 millions de protestants. Le pasteur Nguyen et son épouse sont précisément issus d’une des missions protestantes au Viet Nam. Ils ont œuvré auprès des lépreux, des orphelins et des personnes vivant sur les Hauts-plateaux du Viet Nam. Ils ont travaillé dans des régions marquées par la guerre qui opposait le régime du Sud, d’obédience américaine, et celui du Nord, d’obédience communiste. Le 30 avril 1975 est la date de la chute du régime du Sud. Les Nordistes ont gagné. Le régime totalitaire des communistes s’est imposé sur l’ensemble du pays. En raison de la persécution, le pasteur Nguyen et toute sa famille ont quitté le pays, en 1979. La Suisse les a accueillis en 1980. Malgré de nombreuses difficultés au début, le pasteur Nguyen a pu poursuivre son ministère auprès des Vietnamiens qui vivent en Suisse et au Sud de l’Allemagne. C’est dans ce contexte qu’est née notre Eglise protestante, à Lausanne. Le pasteur Nguyen a été rappelé auprès de Dieu le 30 mai dernier. Son départ laisse un grand vide dans nos cœurs. Nous avons connu des hauts et des bas. Il nous est arrivé d’avoir une centaine de personnes à l’occasion d’un culte. Il nous est arrivé d’être 3-4 personnes à l’occasion d’un autre culte. Que sommes-nous devenus ? Au fil du temps, la composition de notre communauté a changé. Les enfants et les jeunes parlent et comprennent de moins en moins le vietnamien. Les couples mixtes se forment. C’est pourquoi, le bilinguisme s’est naturellement imposé. Nous traduisons autant que faire se peut ce qui est dit dans les cultes et les réunions. C’est devenu notre marque de fabrique. L’année passée, nous avons vécu ensemble un parcours d’études bibliques et avons terminé sur le thème de la joie. Nous avons constaté que ce dernier thème avait quelque chose de motivant. C’est pourquoi nous avons décidé de vivre toute cette année 2009 sous le signe la joie. Cette joie, ce n’est pas d’abord notre joie, mais celle de Dieu. Nous faisons nôtre cette proclamation du prophète Néhémie : « La joie de Dieu est votre force ». La joie de Dieu est notre force. Cette parole est source d’un renversement inouï. D’ordinaire, nous pensons que nous devons, en tant que chrétien, faire plaisir à Dieu. Faire sa joie. Alors on se dit qu’il faut organiser un beau culte. Avec beaucoup de personnes. Un pasteur qui donne une prédication percutante. Un chœur et une assemblée qui entonnent de beaux chants. Des personnes qui prient et donnent avec ferveur. Avoir une Eglise qui soit engagée dans la société. Une Eglise nombreuse, respectée par la société et les institutions politiques. Une Eglise unie, préservée des divisions et financièrement prospère. Mais nous nous rendons compte que nous n’y arrivons que rarement. D’ordinaire, nous pensons que nous devons, en tant que chrétien, faire plaisir à Dieu. Faire sa joie. Alors on se dit qu’il faut faire le bien, agir de manière éthique. Etre bien avec les uns et les autres, si on veut aller au paradis. Savoir comment bien se comporter dans la vie quotidienne. Savoir agir correctement dans son activité professionnelle. Nous avons besoin pour cela qu’on nous dise comment faire, comment se comporter. Mais nous nous rendons que nous n’y arrivons que rarement. Voyez-vous, la bonne nouvelle de l’Evangile, c’est que la joie de Dieu nous précède. Elle nous est donnée. Gratuitement. Elle a passé par la croix. Elle est sortie du tombeau. Nous sommes toutes et tous appelés à la recevoir. Cette joie qui nous précède nous libère des contraintes de la performance. Elle nous libère de cet état d’esprit qui fait de nous des comptables de nos actions : ce que nous avons fait de bien, ce que nous avons fait de mal. C’est de cette joie de Dieu que nous puisons notre force. La force de vie. La force pour résister dans les épreuves. La force pour tenir bon lorsque nous avons dû traverser la mer de Chine sur un petit bateau de pêche afin de fuir la persécution au Viet Nam. La force pour continuer à exister en tant que communauté, malgré les difficultés que notre église vietnamienne a rencontrées depuis toutes ces années. La force pour nous sortir de nous-mêmes et aller à la rencontre des autres. A la rencontre des personnes comme vous qui vivez et travaillez ici. La force pour partager ce que nous avons reçu de Dieu. Car cette force, elle ne devient joie que dans le partage avec les autres, avec le Tout Autre. Le repas que nous allons prendre ensemble tout à l’heure permet de vivre concrètement ce partage et cette joie. C’est de cette joie dont parle le psalmiste. Le plaisir, le bonheur de se trouver entre frères et sœur. C’est cette joie qui fait de nous les membres d’un corps dont Christ est la tête. Cette joie, elle est là avec nous, dans chacune de nos relations. Vivons la intensément et partageons-la. Amen msn
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